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Va-t-on vers le non retour ?


23 juillet 2010 Jean-Philippe Viollet, président de la chambre d'agriculture de la Creuse Vu 662 fois

Ces quelques remarques pourraient s'appliquer à l'ensemble des trop nombreuses strates qui composent la France, économiquement, socialement et politiquement. Mais, restons sur l'agriculture, qui nous est chère et qui subit non plus une crise mais une déroute économique toutes productions confondues, sûrement irréversible pour certaines productions comme les races à viande, productions majoritaires dans notre région.

 

En deux mots, la société, pour maintenir son style de vie (vacances, loisirs, consommation) a besoin d'une agriculture de type industriel, pas chère et banalisée (ce n'est pas mon avis mais les faits sont là). Donc, pour fermer la bouche et la remplir à sa population, le monde moderne, ou dit moderne, va industrialiser à outrance son agriculture en modifiant ou nettoyant le paysage agricole actuel. Le nombre d'agriculteurs, si rien n'est fait, va baisser considérablement, entraînant une autre agriculture. « La société le veut mais ne le souhaite pas » pourrait dire le philosophe. Un agriculteur sur deux a de gros problèmes financiers, même avec un des deux conjoint travaillant désormais à l'extérieur de l'exploitation, finances obligent. Ce quels que soient la taille de l'exploitation et le style de production. En clair, notre vie devient très dure : crise économique, malgré les compensations financières de la PAC, cette pieuvre bureaucratique ; harcèlement physique et moral par le biais de véritables inquisitions, qui sont insupportables, parce que conçues et réalisées par des individus n'ayant jamais touché un outil ou une vache. Disons, en passant, que si aucune inversion significative n'est rapidement mise en place, nous allons vers des drames humains suite à ces harcèlements physiques et moraux. Alors, réagissons tous fortement… mais très vite.

 

Ca commence à bien faire. On le dit, mais on continue à empiler mesures sur mesures concrètement inapplicables sur le terrain. Alors, pourquoi sont-elles inapplicables ? Tout simplement parce qu'en y regardant de près, les mesures mises en place à tous les niveaux ont été inventées, débattues et arbitrées par des gens loin de tout, y compris de la réalité. Il aurait fallu et il faudrait pour l'avenir que les textes de loi soient réellement proposés par des agricultrices et des agriculteurs. Les aberrations que nous voyons tous les jours viennent du fait que les gens qui ont proposé les contraintes administratives en vigueur n'ont jamais été contrôlés eux-mêmes ni vécu dans leur âme et dans leur chair de tels agissements. Nous devons, avant de disparaître, inverser cela et vite. Un exemple : nos amis salariés, et c'est bien normal, n'ont plus de retenues de salaire lorsqu'ils commettent des erreurs, et cela peut arriver, comme aux agriculteurs. Nous, chers amis agriculteurs et agricultrices, lorsque nous nous trompons dans nos dossiers, nous sommes humiliés par des retenues pour une double peine financière et morale. Attention, disons-le, de graves risques vont rapidement surgir… Nous aimerions voir plus d'indignations de la part de la population en général face à ces procédés d'un autre âge, sur ces méthodes uniquement appliquées à ceux qui créent la richesse. Rappelons au passage que s'il n'y a plus d'agriculteurs et d'agricultrices, rira bien qui rira le dernier. Mais, bon, l'histoire ne se répète jamais : elle est un éternel recommencement !

 

Nous devons saluer les organisations syndicales agricoles qui manifestent comme elles peuvent. Nous devons nous investir à fond là où nous pouvons pour faire entendre notre voix. Allons-y. Allez-y. C'est la seule solution. L'Etat et les collectivités aident de moins en moins l'agriculture car les problèmes sont partout. Donc, nos organisations agricoles se substituent à ces manquements et c'est invivable ! Equarrissage - environnement - sanitaire - identification. Nous devrons tout faire pour que l'on puisse diminuer le coût payé par les agriculteurs, par tous les moyens. Sinon, plus d'agriculture en France !

 

Mais, quand même une dernière remarque d'ordre général. Quand, ici ou là, on nous donne des leçons avec suffisance, expliquons aux beaux parleurs que la France a une dette supérieure à 5 années de son chiffre d'affaires, des emprunts annuels dépassant le chiffre d'affaires. De 1996 à 2008, les dépenses de l'Etat ont augmenté de plus de 35 %, les dépenses de la sécurité sociale de plus de 61 %, les collectivités locales de plus de 78 % et la dette publique multipliée par 5. En pleurant, disons que le revenu des agriculteurs a baissé en moyenne de moins de 30 %. Voyez que nous vivons les derniers moments de quelque chose. La population risque de s'énerver et la situation devenir irréparable ! Alors, comme vous, je pense que cela doit changer. Mais, cela ne se fera que si vous dites et si nous, nous disons les choses pour passer aux réformes de fond dans ce pays.

 

Merci à toutes celles et tous ceux, quels qu'ils soient, qui s'investissent pour changer les choses et disent les choses. Car il y a trop de non dits, d'immobilisme. Le maintien de la France dans la situation actuelle est mortifère pour les futures générations. A l'opposé, le monde paysan a des baisses de revenus honteuses qui ont pour effet de ruiner ceux qui travaillent et qui devraient être pourtant à l'honneur dans un pays intelligent. Donc, permettez-moi de demander, d'exiger de l'administration et des politiques la plus grande tendresse envers les agricultrices et les agriculteurs. Pour notre part, nous veillons, je le crois, avec l'ensemble des personnels des organisations professionnelles agricoles, à vous apporter un soutien total lorsque nous le pouvons. Nous devons encore mieux faire… Nous sommes très intéressés par vos remarques ou critiques pour pouvoir, dans le cadre de nos missions, améliorer ou amender ce qu'il est possible de changer pour vous faciliter la tâche. Dites-nous et continuons ensemble, mais soyons forts tous ensemble.

 

Avec mes respects et mes amitiés. A votre service.

 

 

 
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